Encore une chose importante qui s’est passée en février cette année: la visite à Auroville d’Isis.
Isis Noor Yalagi est devenue une amie chère, et pas seulement parce que c’est l’unique personne originaire elle aussi de Martinique qui ait passé plusieurs semaines à Auroville, dont les derniers dix jours chez
moi. Parmi nos “Guests” à Repos même, nombreux sont ceux, Français ou
non, qui connaissent et apprécient la Martinique pour y avoir séjourné
quelque temps, et il m’a toujours été agréable d’en parler avec eux, moi
qui connais en fait si peu l’île d’où ma famille est originaire, mais où je n’ai moi-même vécu que trois mois quand j’avais huit
ans.
Il y avait eu en ce mois de Février dernier une réunion d’AIF (Auroville
International France), et j’y avais été invitée; à écouter en silence une
participante venue de La Réunion parler de l’impact grandissant qu’elle
constate là-bas, de tout ce qui concerne Auroville ou Sri Aurobindo et
la Mère, j’étais un peu triste par contraste de l’absence totale
d’intérêt en Martinique, et aux Antilles Françaises en général. J’ai
exprimé cette tristesse pour la première fois après que cette personne
ait fini de parler.
Quelques jours plus tard une amie d’Auroville jusque là inconnue de moi
a été tout heureuse de passer quelques heures sur ma terrasse face à
la mer avant de s’en retourner en France; j’ai mentionné cette tristesse quant à la Martinique; elle me dit qu’elle allait contacter pour moi une personne extraordinaire, et justement Martiniquaise, qui se
trouvait être en visite à Auroville.
Le dimanche après-midi suivant, assise comme je le fais maintenant
souvent, directement à une des tables où nous servons les diverses
préparations commandées par Auroviliens ou Guests, je vois venir à moi
une personne grande et belle, à la peau foncée, dont la vue m’a
immédiatement remis en mémoire les vers de Baudelaire évoquant son amie
Martiniquaise Jeanne Duval: “un beau vaisseau qui prend le large… au
rythme doux et paresseux et lent…” (citation approximative, je n’ai pas le texte sous les yeux).
Une entrevue passionnante de plusieurs heures s’ensuivit entre elle et
moi, assises là toutes deux comme si nous étions seules au monde, à nous
découvrir réciproquement avec une fascination réciproque croissante. Même de loin, la forte personnalité d’Isis produisit une grande
impression sur ceux de mes collaborateurs qui nous virent ensemble.
Martiniquaise (et donc Française) par sa mère, Isis est Togolaise (et
donc Africaine) par son père. Son côté Africain lui aussi m’était
proche, réveillant en moi tous les souvenirs de “mon Afrique”, l’Afrique
autrefois Française où j’ai passé presque toute mon enfance, où j’ai grandi…
En d’autres vies j’ai aussi été Berbère, et Egyptienne, deux autres
connexions avec l’Afrique; elle, sa propre connexion intérieure avec
l’Egypte, c’est à travers le nom qu’elle s’est choisi qu’elle la révèle:
Isis. Et c’est grâce à elle que cette année j’ai eu pour une fois un
dîner d’anniversaire, le 23 février… et que l’ancienne Berbère en moi a pu y savourer un excellent couscous, préparé par ses soins exprès pour moi et les quelques autres invités!
Car Isis est bonne et audacieuse cuisinière: quelques semaines auparavant elle avait organisé et réalisé haut la main, pratiquement
toute seule avec l’aide d’à peine quelques volontaires, un grand Dîner Africain, mémorable pour les plus de 300 personnes qui y vinrent.
Après notre première entrevue, elle décida que ma présence était
indispensable aux réunions concernant le futur Pavillon de l’Afrique et
ainsi j’eus le plaisir d’être invitée à la suivante, transport payé…
mais dans ce groupe trop large ma mauvaise ouïe m’empécha de suivre
efficacement ce qui se disait, si bien que je ne renouvellerai pas
l’expérience. Une intervention à haute et intelligible voix que j’ai en
tous cas eu la joie d’entendre parfaitement, a été celle d’Isis
elle-même, soulignant avec une remarquable clarté d’esprit et une grande
force d’expression le fait que c’était le message évolutif de Sri Aurobindo et Mère qu’il fallait porter en Afrique, car lui seul aurait
le pouvoir d’offrir à l’Afrique un avenir véritablement digne d’elle,
révélateur de son âme profonde, loin de la copie du monde matérialiste à
l’Occidentale qui paraît pour le moment être la seule option. Quand elle
l’a dit, c’est devenu d’une telle évidence que pas la moindre discussion
ne fut nécessaire, ce point fut adopté instantanément et à l’unanimité.
Mr Tékesté était là également, l’ancien diplomate Ethiopien qui a été autrefois le lien officiel entre l’empereur Hailé Sélassié et Mère, et
qui a choisi ensuite de vivre à Auroville, poursuivant depuis inlassablement son rêve d’y établir le Pavillon Africain, et inversement de faire connaitre Auroville à l’Afrique; il fut de ceux qui approuvèrent le plus vigoureusement de la tête la proposition d’Isis. Il était clair aussi que pour les sympathiques jeunes Africains également présents (tous des garçons), étudiants à l’Université de Chidambaram pas loin d’ici, Isis était devenue une inspiratrice précieuse par son dynamisme contagieux et sa longue expérience de l’action publique.
Ma petite chambre d’hôtes s’étant trouvée libre peu après, Isis y
emménagea, avec la ferme intention – tout en continuant à aider ses
jeunes compatriotes africains pour le Pavillon – de commencer à
apprendre de moi tout ce qu’elle pourrait concernant le Yoga Intégral, y
compris dans sa dimension cellulaire.
Mais notre vie commune commença sur une note bien moins sérieuse: je
n’allais pas laisser passer l’aubaine rarissime de cette authentique autre Martiniquaise sans en profiter pour élucider les quelques souvenirs qui me restaient de mon bref sejour en Martinique
précisément à cette période folle, comme au Brésil, où l’on célèbre le
Carnaval. Je lui ai fredonné l’air et le refrain de la chanson choisie
cette année-là pour tout le Carnaval, apparemment c’etait devenu un
classique, car elle l’a reconnue tout de suite, et nous voilà toutes les
deux chantant à tue-tête en créole dans mon salon: ”VAVAL, VAVAL, WOU PAS QUITTER NOUS!…”, tout en dansant à qui mieux mieux sur le rythme endiablé de la chanson ressuscitée, ponctuée par nos éclats de rire!!! Après ces quelques moments d’amusement martiniquais enthousiastes et délectables, ce joyeux passé redevenu présent en nous s’est calmé, nous ramenant aux perspectives encore plus excitantes de notre futur évolutif…!
Quant au futur évolutif de l’Afrique, je vais laisser Isis elle-même dire
de quelle manière elle aimerait y participer, quand elle sera à nouveau établie là-bas, après un court séjour à Paris en partant d’ici. Ayant lu cet article à son propre sujet, elle en écrira la suite à tête reposée depuis l’Afrique-même, dés que cela lui sera devenu possible. L’Afrique ne sait pas encore ce qui l’attend… mais moi, ayant vécu ne serait-ce que cette courte période avec Isis, et ayant encore dans l’oreille son grand rire communicatif, j’ai quelque idée de ce qui s’apprête à déferler discrètement sur l’Afrique dans les années qui viennent, et je m’en réjouis d’avance!!!





