“Dieu voyage toujours incognito”

(PAR QUELQUE ERREUR TECHNIQUE DE MA PART CET ARTICLE A ETE PUBLIE AVANT CELUI QUI DEVAIT LE PRECEDER  ET QUE JE CROYAIS DEJA PUBLIE…! LIRE LE SUIVANT D’ABORD, DONC…)

Ce second livre de Laurent Gounelle, apporté comme le premier par la même Guest de Belgique, me fut obligeamment prêté aussi par elle après qu’elle l’ait lu, ce qui lui prit plus de temps, mais elle m’avait prévenue qu’il était nettement plus épais que le premier.
Après la lecture initiale rapide que j’aime faire pour avoir une première impression d’ensemble, ce n’est pas une déception que je veux noter quant au contenu du livre en lui-même, et pourtant c’en est une (légère) par rapport à ce que son titre m’avait fait attendre et même espérer. Je m’expliquerai sur ce point à la fin de cette analyse.
Disons d’emblée aussi que l’atmosphère générale est nettement moins détendue et charmante que dans le premier livre, qui était comme une promenade avec en prime les clowneries involontaires du héros qui égayaient encore le chemin.
Ici, il y a bien encore des moments d’humour tout à fait réjouissants, mais ils sont plus rares, et offrent les seuls moments de détente dans un récit à nouveau à la première personne, mais dans un style cette fois de roman policier, presque roman noir, très intéressant certes, mais au ton dramatique et haletant, les situations et les risques courus restant toujours déplaisants, et cela dans un lent crescendo au cours de tout le récit:
Il s’agit à nouveau d’un homme “paumé” au départ, cette fois-ci carrément au point de commencer à se suicider. Mais celui qui le sauve in extremis n’a pas la gentille bienveillance du Balinais Samtyang avec Julian dans “L’homme qui voulait être heureux”: le mystérieux inconnu qui dit s’appeler Yves Dubreuil ne sauve Alan Greenmor qu’à condition qu’il obéisse désormais, sous peine de mort, à cet inconnu qui deviendra son mentor.
La relation qui s’ensuit est donc cette fois imposée, et imprégnée de peur récurrente en dépit de la sagesse peu à peu démontrée par les progrès intérieurs bel et bien accomplis en la personnalité du disciple récalcitrant grâce à l’audace nouvelle dont il a à faire preuve chaque fois davantage pour accomplir la nouvelle “mission” donnée par son étrange maître en sa superbe mais étrange demeure, les quelques autres personnes, secrétaire ou domestiques – et même animaux! – qui l’entourent ayant tous aussi le même caractère d’étrangeté vaguement menaçante.
Le climat de roman policier s’intensifie d’autant plus que les soupçons du disciple quant à la véritable identité de son maître se précisent, indiquant de possibles motivations de plus en plus alarmantes.
Cet énigmatique personnage a pourtant aussi visiblement des qualités et talents extraordinaires, qui tendent à nous le rendre malgré tout sympathique et à faire naître en nous de l’admiration pour lui, qui démontre en son propre être la rayonnante confiance en soi que son élève sent à certains moments poindre en lui-même de façon merveilleusement prometteuse et libératrice.

Le dénouement, fort heureusement, est donc positif, ainsi que le lecteur était amené à l’espérer… si bien que je peux finalement recommander ce second livre de Laurent Gounelle avec presqu’autant d’enthousiasme que je l’ai fait pour le premier.
Mais c’est un livre tellement plus complexe et plus cérébral, et dont l’intérêt est tellement basé sur son intrigue genre roman policier, qu’il ne procure guère la douceur de vivre béatifique que l’atmosphère même du premier livre amenait à ressentir.
Ici il ne s’agit pas tant de l’application d’une sagesse profonde et imprégnée d’amour vrai, que des méthodes occidentales telles qu’on en trouve probablement dans des approches psychanalytiques contemporaines que je n’ai pas l’honneur de connaître, mais dont je ne suis pas certaine non plus d’avoir envie de faire l’expérience.
La peur de la mort comme motivation première pour forcer un individu à dépasser ses limitations habituelles, peut bien sûr donner des résultats, mais ceux accomplis par l’amour comme motivation première seront toujours plus profonds et plus vraiment libérateurs, nous rendant plus proches de la nature divine véritable qui se cache en chacun de nous et en tout ce qui existe.
C’est d’ailleurs en réalité l’amour tout simple qu’il ressent pour ses frères humains et pour la société humaine plus honnête, plus juste et plus fraternelle dont il rêve, qui donne à Alan Greenmor la force intérieure de remporter finalement la victoire que son mentor lui-même avait en fait jugée à l’avance impossible.
Le jeune homme au début du récit a de plus enfin connu l’amour vrai, une relation de couple pleinement heureuse qui l’a comblé tant qu’elle a duré; c’est d’en être soudain privé sans même savoir la raison de la rupture, qui rend sa vie si vide et douloureuse qu’il en arrive à résoudre de se suicider, et toute la suite de son histoire se développe dès lors ainsi que le récit nous la fait partager; mais j’aimerais beaucoup que le même auteur nous écrive maintenant l’histoire, alternative en quelque sorte, qui se serait déroulée si le même jeune homme avait rencontré les mêmes chances de progrès intérieur et de succès grandissant extérieur, par amour pour sa belle au lieu de par peur d’être à nouveau précipité dans la mort, maintenant que l’instinct de survie domine à nouveau en lui.

Peut-être bien vais-je essayer d’entrer en contact avec l’auteur et de lui envoyer ce que je viens d’écrire,  et aussi  de suggérer à la fin… Sait-on jamais, ma suggestion pourrait peut-être l’inciter à vraiment écrire cette histoire alternative des mêmes personnages, cette fois sans la parenthèse un peu trop terrible à mon goût, de la rupture, du presque suicide et de l’épisode “roman noir” qui suit, “pour son bien” dans l’intention de celui qui commence ensuite à tirer les ficelles du jeune homme, mais était-ce vraiment indispensable?…  Peut-être aussi Laurent Gounelle, dans ce récit tel qu’il est,  a-t-il voulu précisément démontrer l’échec relatif des méthodes du prétendu Yves Dubreuil, par comparaison avec l’épanouissement intérieur spontané et authentique vécu par son héros Alan losqu’il laisse libre cours au pouvoir d’amour que, comme nous tous, il porte en lui?…

Le titre, “Dieu voyage toujours incognito”, m’avait en tous cas fait espérer quelque chose d’aussi délicieux que le film avec Jim Carey, délirant mais super drôle et plus profond qu’il n’en a l’air, intitulé: “Bruce Almighty” (je suppose, en Français, “Bruce Tout-puissant”). Je reviendrai sur ce film pour lui-même dans un autre article, mais comme il m’est venu à l’esprit quand j’ai lu pour la première fois le titre de ce livre, je le mentionne, et ceux qui ont vu “Bruce Almighty” sauront immédiatement de quoi je parle quand je dis qu’à mes yeux ce film, plutôt que ce livre de Laurent Gounelle, aurait correspondu au titre que porte le livre.

Mais ceci dit, je vais maintenant  m’offrir une deuxième lecture du livre, cette fois pour vraiment prendre le temps de savourer ses indéniables et innombrables qualités, entre autres le joli “Happy End” qu’ont finalement bon nombre des fils secondaires de l’histoire, avec leurs très divers personnages secondaires incarnant tout de même de nombreux types importants d’humains coincés dans leurs problèmes, et qui peu à peu se décoincent eux aussi lorsqu’on leur témoigne malgré tout compréhension et appréciation, c’est à dire de l’amour.

Et puis il y a par ci, par là, des scènes comiques dignes des scènes de Molière, amenées de loin par l’auteur avec jubilation secrète, décrites dans tous les détails de réactions, de gestes et d’expressions qui nous les feront imaginer tout à fait clairement, et se terminant dans l’irrésistible réplique finale qui nous fera exploser de rire… Pour décerner la palme, j’hésite entre deux telles scènes absolument géniales: celle où Alan se résoud à mettre en oeuvre la stratégie extrême suggérée par Yves pour décourager une bonne fois pour toutes les récriminations sans fin de sa vieille logeuse acariâtre; ou bien celle où Alan, pénétré de l’importance potentielle dans les relations humaines du principe que j’appellerai mimétisme, appris dans sa toute dernière leçon, tente de mettre ce principe en pratique avec un quidam parfaitement inconnu assis un peu plus loin sur la banquette du métro, attendant comme lui la rame suivante… Hi-la-rant.
Dans ces passages-là, je soupçonne Laurent Gounelle, avec son air pince-sans-rire sur sa photo (que l’on découvre quelque part dans ses deux livres), de montrer son véritable tempérament: non pas très sérieusement philosophique comme il essaye de le paraître, mais en fait farceur incorrigible, toujours en quête du côté comique jusque dans tous les recoins les plus dramatiques de la vie…

Alors, comme vous le voyez, je suis en train finalement de vous recommander chaudement la lecture de ce livre: à part les quelques réservations que j’ai exprimées à son sujet, il sort vraiment de l’ordinaire, et il est super-chouette!

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