Mai 68: le Printemps de Paris… et Maintenant

“Mai, mai, mai, Paris Mai,
Mai, mai, mai, Paris….”
chantait à peine quelques mois plus tard Claude Nougaro, mon chanteur préféré de l’époque…

C’est aujourd’hui le 3 mai, le jour où en 1968, les étudiants de la Sorbonne commencèrent ce qui devint presque une Révolution, mais une révolution étonnamment contagieuse: de manière totalement inattendue elle gagna toute la France par sa joie et son audace, et par la libération intérieure, le sens soudain de la fraternité qu’elle communiquait, unissant pour la première fois ouvriers et étudiants pour une société plus vraie…

En ce début d’années 60, je devenais moi-même une jeune adulte dans cette société française où j’avais atterri adolescente. Ainsi que le relate Wikipedia, c’est Nougaro qui avait introduit de nouveaux rythmes dans la chanson française et composé de nombreuses chansons qui séduisaient le public, moi y compris : Les mains d’une femme dans la farine, Les petits bruns et les grands blonds, Le cinéma, Chanson pour Marilyn

Il poursuivait sa collaboration avec Michel Legrand (Le Cinéma et Les Don Juan) et écrivait également avec le compositeur Jacques Datin (Cécile Ma Fille et Une Petite Fille). Sa chanson Je Suis Sous, pleine de jeux de mots faisant référence à l’alcool de facon comique mais néanmoins détestable à souhait, me faisait bien rire…

Ayant passé victorieusement mon CAPES théorique en 1967, j’ai réussi, contre toute attente, sur un coup d’audace, à me faire envoyer au soleil de Nice pour l’année suivante, où je serais officiellement “élève-professeur” et passerais mon CAPES pratique en fin d’année scolaire.
C’est donc à Nice que j’étais lorsqu’ont éclaté à Paris les jours de folie jolie – l’expression me vient juste maintenant – qui allait transformer la vie de la France entière, de façon hélas éphémère.
Ayant été étudiante pendant les années précédentes dans cette même Sorbonne vénérable où était né ce vent de renouveau merveilleux, je suivais de loin mais avec enthousiasme ce qui se passait à Paris; et Nice n’était pas en reste: la grève générale s’étendait aussi jusque dans ce Midi méditerrannéen d’habitude plus calme, et c’est dans une allégresse bon enfant que les étudiants de Nice s’emparèrent eux aussi de leur université!…
Un inconvénient à tout cela, tout de même: avec la grève entre autres des transports, comment les élèves pourraient-elles venir à la classe que je devais donner devant l’inspecteur voulu pour passer mon CAPES pratique et être enfin sacrée Professeur de Lettres Classiques??? Qu’à cela ne tienne: j’ai expliqué tout bonnement aux élèves qu’il était très important pour moi qu’elles viennent ce jour-là, sinon, sans élèves, je ne pourrais pas passer mon CAPES!…
Au jour dit, quelle joie: tout le monde était là, au grand complet, tout le monde s’était débrouillé pour venir!…
J’ai été très touchée, et ce CAPES passé dans ces circonstances si spéciales reste pour moi un souvenir qui fait encore monter un sourire de tendresse pour ces élèves qui m’ont ainsi délibérément aidée.

Nougaro lui aussi s’est senti soulevé par cette vague de fraternité vraie qui avait envahi les coeurs. Ainsi que le relate encore Wikipedia, “Bien qu’il soit farouchement opposé à la politique, les évènements de Mai 68 lui inspirent un torrentiel Paris Mai, plaidoyer pour la vie, qui sera interdit d’antenne. Il enregistre la même année son premier album live à l’Olympia : Une soirée avec Claude Nougaro.”

Un autre website a célébré en 2008  le quarantième anniversaire de ce moment béni et de cette chanson mémorable qu’il a fait jaillir du coeur de Nougaro:

samedi 31 mai 2008

46. Nougaro:”Paris mai.”


Paris, mai 1968

Claude Nougaro écrit ce morceau quelques semaines après la fin du mouvement étudiant et social qui secoue la France, au mois de mai 1968. La musique est signée Eddy Louiss. Le superbe texte de Nougaro n’incite pas à la rébellion, mais porte un regard poétique sur l’immédiat après -mai et ses désillusions. Son chant exalté fait ici des merveilles et confère au titre un souffle puissant.
La simple évocation des événements entraîne la censure du morceau à sa sortie.
Cette même année, Nougaro triomphe à l’Olympia, où il se produit deux semaines durant.

Paris Mai
Vidéo envoyée par mouche45

“Paris mai ” Claude Nougaro.

Mai, mai, mai, Paris mai, mai, mai, mai, Paris
Mai, mai, mai, Paris mai, mai, mai, mai, Paris
Mai, mai, mai, Paris mai, mai, mai, mai, Paris

Le casque des pavés ne bouge plus d’un cil
La Seine de nouveau ruisselle d’eau bénite
Le vent a dispersé les cendres de Bendit
Et chacun est rentré chez son automobile
J’ai retrouvé mon pas sur le glabre bitume
Mon pas d’oiseau forçat enchaîné à sa plume
Et piochant l’évasion d’un rossignol titan
Capable d’assurer le sacre du printemps

Mai, mai, mai, Paris mai, mai, mai, mai, Paris

Ces temps-ci je l’avoue j’ai la gorge un peu acre
Le sacre du printemps sonne comme un massacre
Mais chaque jour qui vient embellira mon cri
Il se peut que je couve un Igor Stravinski

Mai, mai, mai, Paris mai, mai, mai, mai, Paris
Mai, mai, mai, Paris mai, mai, mai, mai, Paris

Et je te prends Paris dans mes bras pleins de zèle
Sur ma poitrine je presse tes pierreries
Je dépose l’aurore sur tes tuileries
Comme roses sur le lit d’une demoiselle
Je survole à midi tes six millions de types
Ta vie à ras-le-bol me file au ras des tripes
J’avale tes quartiers aux couleurs de pigeon
Intelligence blanche et grise religion

Mai, mai, mai, Paris mai, mai, mai, mai, Paris

Je repère en passant Hugo dans la Sorbonne
Et l’odeur d’eau-de-vie de la vieille bonbonne
Aux lisières du soir, mi-manne, mi-mendiant
Je plonge vers un pont où penche un étudiant

Mai, mai, mai, Paris mai, mai, mai, mai, Paris
Mai, Paris

Le jeune homme harassé déchirait ses cheveux
Le jeune homme hérissé arrachait sa chemise
Camarade ma peau est-elle encore de mise
Et dedans, mon coeur seul, ne fait-il pas vieux jeu
Avec ma belle amie quand nous dansons ensemble
Est-ce nous qui dansons ou la terre qui tremble?
Je ne veux plus cracher dans la gueule à papa
Je voudrais savoir si l’homme a raison ou pas
Si je dois endosser cette guérite étroite
Avec sa manche gauche, avec sa manche droite
Ses pâles oraisons, ses hymnes cramoisis
La passion du futur, sa chronique amnésie

Mai, mai, mai, Paris mai, mai, mai, mai, Paris
Mai, Paris

C’est ainsi que parlait sans un mot ce jeune homme
Entre le fleuve ancien et le fleuve nouveau
Où les hommes noyés nagent dans leurs autos
C’est ainsi, sans un mot, que parlait ce jeune homme
Et moi l’oiseau forçat casseur d’amère croûte
Vers mon ciel du dedans j’ai replongé ma route
Le long tunnel grondant sur le dos de ses murs
Aspiré tout au bout par un goulot d’azur
Là-bas brillent la paix, la rencontre des pôles
Et l’épée du printemps qui sacre notre épaule
Gazouillez les pinsons à soulever le jour
Et nous autres grinçons, pont-levis de l’amour

Mai, mai, mai, Paris mai, mai, mai, mai, Paris
Mai, mai, mai, Paris mai, mai, mai, mai, Paris
Mai, mai, mai, Paris mai, mai, mai, mai, Paris

Oui, quel texte inspiré vraiment, et vibrant de cette “presque Révolution” dont la France est depuis retombée… Merci, Claude Nougaro, ton cri résonne encore dans nos coeurs…
Devenue “jeune prof” donc, et envoyée cette fois dans la grisaille de la Lorraine minière proche de la frontière allemande, avec la grosse ville de Sarrebrucken comme voisine, j’ai été horrifiée par toutes les injustices sociales que je découvrais de plus en plus partout, et l’indignation gardait brûlante en moi la flamme de renouveau ressentie si inexplicablement mais si magnifiquement pendant Mai 68.

C’est cette aspiration ardente à une transformation non seulement individuelle mais collective qui dès 1971 a littéralement fait venir à moi mon premier livre de Sri Aurobindo: “La Vie Divine”. Une révélation décisive, suivie du début immédiat de ma pratique du Yoga Intégral décrit par Sri Aurobindo et la Mère pour cette voie spirituelle, non plus d’évasion comme les voies traditionnelles, mais de transformation intégrale par un processus précis d’évolution consciente, avec l’aide constante de la Grâce Divine.
Il était donc naturel – bien que très effrayant!… – pour moi d’aller ensuite, en 1972, vivre à Auroville, ce désert de sable et de latérite là-bas en Inde du Sud, pour aider autant que je le pourrais au développement de ce projet aussi fou mais aussi merveilleux que l’avait été Mai 68, et avec cette fois un potentiel de réalisation validant cet avenir évolutif pour toute la Terre.

Quelle ne fut pas ma surprise, dans les années 80, pendant la recherche que je faisais assidûment dans les différents volumes de “L’Agenda de Mère”, au fur et à mesure qu’ils étaient publiés d’année en année (depuis la France, d’ailleurs!), quelle ne fut pas ma surprise, donc, et mon émerveillement, que de découvrir dans le volume de 1968, en arrivant au 22 mai, les commentaires de Mère elle-même sur ces évènements de Mai 68:

“C’est clairement l’avenir qui s’éveille et qui veut chasser le passé.
Tu as lu les lettres des enfants de S.? Ils sont là-bas. Par exemple, tous les étudiants et toute la classe ouvrière se sont unis. Il y a naturellememt, mentalement, tout le mélange de toutes sortes d’idées, mais la Force derrière… Par exemple, les étudiants veulent changer complètement le mode d’instruction: ils réclament violemment la suppression de tous les examens. Et ils ne le savent pas eux-mêmes mais ils sont poussés par une force qui veut la manifestation d’une vérité plus vraie.
Eux-mêmes ne voudraient pas de violence – il paraît que ce ne sont pas eux qui ont commencé la violence, mais la police. Et ça c’est très intéressant parce que la police représente la défense du passé. Et quand j’ai lu les lettres de ces enfants, puis que l’on m’a donné les nouvelles, alors est venue en moi (cela a été dit très-très clairement, une vision très claire): l’avenir, c’est la Puissance supérieure qui CONTRAINT les gens à faire ce qu’ils doivent faire. Entre maintenant et ça (qui est très en avant) ce doit être la puissance d’un nombre IMMOBILE. Et alors la vision était claire: si des millions – pas des milliers: des millions – de gens s’assemblent, occupent, absolument pacifiques (simplement s’assemblent et occupent, avec des représentants naturellement qui diront ce qu’ils veulent), alors ça aura le pouvoir. Mais il ne faut pas de violence: dès qu’on se laisse aller à la violence, c’est le retour au passé, c’est l’ouverture à tous les conflits… A ce moment-là je ne savais pas que c’était la police qui avait commencé la violence; je ne savais pas, je ne connaissais pas les détails de l’histoire. Mais c’était une vision très claire: une occupation par la masse, mais une masse toute-puissante dans son immobilité, qui impose sa volonté par le nombre, avec des représentants intellectuels pour les négociations.
Je ne sais pas… De Gaulle est ouvert à quelque chose de plus que la force purement matérielle. Est-il de taille? Je ne sais pas. Mais en tous cas il est parmi les meilleurs instruments.
C’est clairement (pas dans le détail, mais dans la direction du mouvement), c’est clairement la volonté d’en avoir fini du passé, de laisser la porte à l’avenir.
C’est comme une sorte d’écoeurememt de la stagnation. Voilà. Soif de quelque chose qui est en avant, qui paraît plus lumineux et meilleur. Et en effet IL Y A quelque chose, ce n’est pas une imagination; IL Y A quelque chose. C’est cela, la beauté, c’est qu’IL Y A quelque chose, IL Y A une réponse. IL Y A une Force qui veut… qui veut s’exprimer.
La France est dans une situation privilégiée: l’Inde d’abord, la France après, pour des raisons… simplement de réceptivité. La France a toujours essayé d’être en avant – c’est d’ailleurs pour cela que ce corps est né là.
[silence]
Les journaux parlent d’une grève de plusieurs millions là-bas (ces enfants ont écrit) Ca n’a pas du tout le caractère d’une grève, ça a le caractère d’une révolution.
Je connais cela. Je ne sais pas si je te l’ai jamais dit, mais il y a eu – il y a toujours eu – identification de la conscience de ce corps avec tous les mouvements de révolution. Je les ai toujours connus et guidés avant même que les nouvelles ne viennent: en Russie, en Italie, en Espagne et ailleurs – toujours, partout – et c’est essentiellement toujours cette même Force qui veut hâter la venue de l’avenir – toujours -, mais qui est obligée d’adapter ses moyens d’action suivant l’état dans lequel se trouve la masse.
Et maintenant, justement, il semblerait que l’état de la Terre soit tel que tout au moins se prépare (si ce n’est pas encore comme cela), se prépare la manifestation de la masse dans une espèce de volonté silencieuse et immobile… Et ça, c’est une période intermédiaire pour arriver à l’état où cette masse sera tenue sous contrôle et mise en mouvement directement par la Puissance d’en haut.
C’est vers cela que l’on marche.”

Lisant cela dans les années 80, le coeur battant, je me suis rendue compte avec saisissement que j’avais, et des millions d’autres aussi, participé sans le savoir à l’Histoire Evolutive Terrestre en train de commencer à s’accomplir, précisément dans cette France que je continuais à tant aimer.
Bien sûr, c’était cette Nouvelle Energie dans l’atmosphère de la Terre qui avait déjà suscité aussi tout le Flower Power Mouvement aux Etats-Unis juste avant, montrant à Mere dès 1965 qu’il était temps de fonder Auroville, où serait plantée pour de bon cette Graine du Futur qui essayait de pousser ici et là… C’est le 28 février 1968 que la cérémonie de fondation avait effectivement eu lieu… à peine quelques mois avant Mai 68!…

Et plus récemment, ces commentaires de Mère me sont revenus d’eux-mêmes en mémoire, d’abord lorsque des millions de personnes partout dans le monde, même contre la position officielle de leur propre gouvernement, sont allées manifester ensemble dans les rues de leurs grandes villes, pacifiquement, paisiblement, sans slogans injurieux ni invectives, contre l’invasion de l’Irak par le Gouvernement des Etats-Unis – sur des prétextes qui se sont d’ailleurs plus tard révélés montés de toutes pièces.
Et bien sûr, maintenant le monde est en plein Printemps Arabe; ce n’est pas facile, les gens se font encore massacrer trop souvent, mais ils tiennent bon, c’est magnifique, ils continuent à descendre dans les rues pour demander le départ du potentat qui dans chaque pays les opprime et s’enrichit, lui et sa famille et leurs allies de pouvoir, aux dépens de leur propre peuple.
Et comment ne pas reconnaître aussi la prédiction de Mère, sa vision du Futur, dans ce mouvement né cette fois aux USA, aussi juste l’année dernière, en toute simplicité et sincérité, avec très exactement le mot même et la manière de s’y prendre même décrits à l’avance par Mère: “OCCUPY”. Occuper en masse des lieux signifiants.
“OCCUPY WALL STREET”, et ainsi mettre en question tout l’ensemble du systeme financier scandaleux dans lequel on nous fait vivre, de manière de plus en plus suffocante. L’absurdité de tout cela appelle, demande son écroulement. Et tout cela est en train de s’écrouler en effet, mais au ralenti, pour laisser le temps à un système nouveau, plus vrai, de se mettre en place, changeant notre monde humain de manière fondamentale, à travers l’économie mondiale.
Merci, Mère, pour cette Vision du Futur qui en effet est en marche… Irrésistiblement, parce qu’ IL Y A, ô merveille, cette Force qui va de l’avant et nous entraîne, la planète entière, vers ce Futur plus joyeux et plus vrai que nos coeurs appelaient déjà en France en Mai 68…

1 Comment (+add yours?)

  1. Bhaga
    May 03, 2012 @ 18:11:13

    Un morceau de la seconde citation que je voulais mettre de Wikipedia à propos de Nougaro s’est trouvé coincé et perdu quelque part dans le cyber-espace, sans que j’arrive à le rétablir dans le texte publié. Le voici, précédé du passage qui permettra, j’espère, de le retrouver dans son contexte:

    “J’ai été très touchée, et ce CAPES passé dans ces circonstances si spéciales reste pour moi un souvenir qui fait encore monter un sourire de tendresse pour ces élèves qui m’ont ainsi délibérément aidée.

    Nougaro lui aussi s’est senti soulevé par cette vague de fraternité vraie qui avait envahi les coeurs. Ainsi que le relate encore Wikipedia, “Bien qu’il soit farouchement opposé à la politique, les évènements de Mai 68 lui inspirent un torrentiel Paris Mai, plaidoyer pour la vie, qui sera interdit d’antenne. Il enregistre la même année son premier album live à l’Olympia : Une soirée avec Claude Nougaro.”

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