Soeurs de Chant – Meme Apres la Mort

Ma soeur ainee et moi nous ne nous entendions guere pendant notre enfance et adolescence. Nous etions si differentes, nous ne nous comprenions pas, et etre forcees de vivre ensemble dans la meme petite chambre n’arrangeait rien.

Mais pour la famille et les amis de la famille nous avons en fait represente le symbole meme de l’Harmonie, car nous avions au moins un gout et un talent en commun: l’amour du chant.

Cela se traduisait pendant nos deplacements familiaux en France par nos chansons allegres a l’arriere de la voiture, pour nous desennuyer, ce qui ravissait nos parents a l’avant – du coup, ils ont toujours ete persuades que nous nous entendions plutot bien aussi dans la vie quotidienne!  Nous avons bien sur fait partie de toutes les chorales dans toutes les ecoles ou nous sommes allees. Parfois une grand’mere ou un grand’pere arrivait a nous convaincre de chanter ensemble aussi lorsque nous avions de la visite a la maison, et ma foi, les applaudissements et les compliments appreciateurs d’un public meme reduit, ce n’est pas desagreable, alors nous nous laissions convaincre plus facilement la fois d’apres!… A cette epoque, il se trouvait qu’un duo de soeurs, “Les Soeurs Etienne”, avait grand succes sur les ondes de la radio, le cercle des amis de la famille nous surnomma donc avec enthousiasme “Les Soeurs ——–“, promises elles aussi bien sur a la plus grande celebrite.

Il faut reconnaitre que nos voix s’accordaient remarquablement bien. Je chantais le plus souvent les premieres voix, ma soeur etait tres douee pour les secondes voix, improvisees si necessaire, car elle avait vraiment de l’oreille et le sens des accords harmonieux. Voulant encourager notre talent naissant par l’exemple direct du talent le plus extraordinaire que le monde du “Bel Canto” ait connu alors – Maria Callas – nos parents nous avaient offert tout un album de ses enregistrements, comprenant toutes sortes d’airs d’operas que nous ecoutions religieusement encore et encore, dans le plus parfait silence,.. pour nous essayer ensuite a les reproduire aussi fidelement que possible, y compris les paroles en Italien auxquelles nous ne comprenions rien, mais que nous repetions sans nous douter le moins du monde des 1orrents de passion amoureuse en tout genre qui s’exprimaient ainsi a travers nos voix d’enfants candides et innocentes!

Nous avons donc grandi ensemble sur cette nourriture musicale d’airs d’operas celebres, plus l’emouvante, l’incomparale Edith Piaf, et apres les voix disons plus ordinaires des chanteuses de la periode dite “YeYe” (!), la voix langoureuse de Marie Laforet qui nous charmait toutes les deux absolument (j’ai encore tout un album d’elle, rapporte specialement de France…).

Ma soeur s’est mariee, a suivi son mari dans sa carriere militaire de poste en poste un peu partout. Leurs cinq enfants et les activites sportives, en particulier le ski, qu’elle adorait (les cinq bouts de chou devalant les pistes a sa suite sans sourciller…) lui laissaient peu de temps pour quoi que ce soit d’autre. Mais une fois ses deux ainees mariees, ma soeur, toujours la “battante”, resolut,  malgre son age supposement trop mur, de vivre enfin sa propre vie; ses trois gamins en poupe, elle commenca resolument la carriere dont elle avait toujours reve: cantatrice.  Et elle reussit!… Elle fut d’abord acceptee dans les Choeurs de l’Opera de Paris, mais n’y resta pas parce que ca ne payait pas assez, mais qu’a cela ne tienne, elle fit bientot partie plutot des Choeurs de l’Opera de Geneve, qu’elle ne quitta plus jusqu’a l’age de la retraite, officielle et inevitable cette fois, de longues et fructueuses annees plus tard.

Revenant parfois brievement de mon Inde lointaine, il m’est arrive par deux fois de lui rendre visite dans la vieille maison frontaliere retapee qu’elle s’etait choisie au pied du Mont Saleve, vue imprenable sur le Mont Blanc. Tant que les trois garcons resterent eux aussi dans ce nouveau nid, eux aussi participerent avec entrain a la vie artistique de leur mere, faisant partie pour quelque argent de poche des foules de figurants toujours necessaires sur scene a chaque spectacle. Cela pouvait donner lieu a des situations plutot comiques, surtout avec le sens de l’humour increvable de ma soeur, fut-elle en grand costume d’apparat: un soir, par exemple, ou j’etais la et assistais a la representation d'”Attila”, je retournai bien sur la voir dans sa loge pendant l’entr’acte; elle me confia qu’elle etait un peu inquiete, n’ayant pas vu ce soir-la son fils aine dans son role habituel de figurant parmi la foule des Parisiens assieges par l’armee redoutable et sanguinaire du cruel Attila. A la fin du spectacle, quand je la revis, elle me dit en riant: “Eh bien, tu sais ou il etait, mon fils?! Je l’ai repere, finalement: figure-toi qu’il etait passe a l’ennemi!!! Il etait figurant parmi les troupes d’Attila!…”

Son amour du chant etait une telle passion que tous les obstacles qui normalement auraient du l’arreter, n’arriverent pas a l’arreter, et pendant des annees elle vecut son reve: chanter ces airs d’operas magnifiques qui avaent enflamme notre enfance. Ma propre voix, comme j’ai choisi une vie differente, je l’ai laissee en friche; mais ma soeur, elle, a cultive la sienne avec une determination irresistible que j’ai toujours profondement admiree.  Elle est meme devenue Professeur de Chant en prime, partageant avec d’autres le savoir et l’experience qu’elle avait peu a peu acquise de son art. C’est elle qui m’a fait decouvrir l’admirable film, “Le Maitre de Musique” qui exprime avec tant de beaute l’amour pour la Musique, et en particulier le Chant, quand cet amour n’est pas corrompu et detruit par la vanite et l’avidite humaines, presentes malgre tout chez bien des chanteurs… pour leur propre perte.

Ce que ma soeur elle-meme m’enviait en fait, m’a-t-elle avoue un jour, c’etait ma tendance naturelle pour la spiritualite, tout aussi irresistible pour moi que l’etait pour elle le chant. Je n’ai jamais eu l’occasion de le lui dire, mais a mes yeux c’est precisement le chant, avec son aspiration pour un absolu de beaute a travers la perfection du son, et avec le delice interieur que donne cette expression parfaite, qui l’aura en fait amenee le plus pres possible de l’experience spirituelle, sans qu’elle s’en doute…

Un incident majeur qui a mon avis contribua beaucoup psychologiquement a la degradation de sa sante: Un role  en solo qui aurait du etre le couronnement de sa carriere lui fut enleve a la derniere minute par un nouveau directeur plus soucieux des apparences que du merite reel: il donna le role a une autre, venue de l’exterieur et plus connue, sous pretexte qu’elle etait plus jeune et serait plus appreciee du public.  Le choc de cette injustice flagrante, et le desappointement intense que cette injustice causa pour ma soeur l’ont certainement ebranlee jusque dans son corps physique.

Plus tard, eh bien, quand le temps de la retraite est arrive, avec les soucis financiers et le retrecissement presqu’inevitable de la vie que ladite retraite amene, cela ne m’a pas beaucoup etonnee que ma soeur tombe bientot malade, d’une leucemie. Comme toujours, elle s’est battue tant qu’elle a pu, et a ete pres de guerir, mais il y a quelques mois celui de ses fils avec lequel je communiquais  m’a envoye finalement la nouvelle de son deces, entouree de la plupart de ses enfants et de ses autres proches.

A ses obseques, un grand nombre de ses collegues des Choeurs de l’Opera de Geneve participerent de tout coeur par un “Ave Verum”, un de ses airs favoris, si magnifique qu’il laissa toute l’assistance en larmes. Ce temoignage vibrant de leur part m’a montre quelles profondes amities elle avait pu creer autout d’elle pendant cette vie,  a mes yeux si bien remplie, qu’elle avait vecue. Entre nous deux, l’appreciation reciproque veritable n’avait commence qu’a l’age adulte, et tard du fait de mon eloignement  de la France. Mais c’est  alors qu’enfin il nous est arrive de nous sentir vraiment proches.

Je ne lui aurais jamais inflige le supplice de chanter a nouveau avec moi comme nous l’avions fait pendant notre enfance, parce que l’entendant une ou deux fois chanter en solo j’avais ete si eblouie que j’avais mesure le gouffre qui nous separait maintenant quant a la qualite merveilleuse qu’elle savait obtenir de sa voix, et ma propre voix, toujours jolie certes, mais plutot comparable, disons, simplement a celle de Marie Laforet, notre idole d’autrefois.

Je n’ai pu me joindre aux obseques de ma soeur qu’en pensees – spontanement joyeuses du fait qu’elle me semblait plus heureuse maintenant, debarrassee enfin d’un corps physique qui ne lui occasionnait plus que soucis et souffrances, et n’ayant rien a regretter de sa vie, l’ayant toujours vecue aussi pleinement et intensement qu’elle l’avait pu.

Et puis il y a deux soirs, alors que je chantais comme souvent juste pour moi-meme, assise a mon petit bureau devant mon laptop, un de mes airs preferes du “Seigneur des Anneaux”, chante vers la fin du dernier film par une veritable cantatrice, Renee Fleming, que ma soeur appreciait elle aussi beaucoup, j’ai commence a chanter cet air comme je le fais d’habitude, avec la qualite de voix moyenne dont je dispose normalement. Soudain quelque chose d’extraordinaire s’est produit:  le volume de ma voix s’est incroyablement amplifie, la qualite de son timbre aussi,

Maria Callas with her teacher. Photograph loca...

Maria Callas with her teacher. Photograph located at the Maria Callas museum in Technopolis, Athens (Photo credit: Wikipedia)

j’ai senti une large, stable, puissante colonne d’air se former dans ma gorge, qui m’a instantanement rappele exactement les explications recues une fois de ma soeur, que je n’avais jamais reussi a appliquer avec succes;  et j’ai senti, tout a fait clairement, la presence de ma soeur avec moi, unissant sa voix a la mienne, utilisant mes propres cordes vocales, transformant ma voix grace a sa propre connaissance de son art, me donnant l’extreme joie de chanter soudain aussi bien qu’elle… et nous donnant a toutes deux la tendre complicite de chanter a nouveau ensemble, unies a travers le Chant comme nous l’avions ete si souvent pendant notre jeunesse.

Que ce petit texte soit mon hommage souriant et plein de gratitude a cette soeur, pour ce Cadeau bien inattendu de sa part, apres son depart de la vie physique!…

1 Comment (+add yours?)

  1. dykewriter
    Aug 10, 2013 @ 14:08:50

    google translates!

    My eldest sister and I hardly do we hear during our childhood and adolescence. We were so different, we do not understand us and be Enforced to live together in the same small room did not help.

    But for the family and friends of the family we actually represents the same symbol of harmony, because we had at least a taste and talent in common: the love of singing.

    This resulted for our family displacements in France by our cheerful songs in the back of the car to amuse us, which delighted our parents in the front – as a result, they have always been persuaded that we got along pretty well too in everyday life! We of course is part of all choirs in all schools where we alleys. Sometimes a grandmother or grandfather came to convince us to sing together as if we had to visit the house, and my faith, applause and compliments assessors even a reduced public, it is not unpleasant, then we allow ourselves more easily convince both after! … At that time, it was a duo Sisters, “Etienne Sisters” had great success on the radio waves, the circle of friends family so we enthusiastically dubbed “The Sisters —“, they both promised to have the biggest celebrity.

    We must recognize that our voices agreed remarkably well. I sang most often premieres voice, my sister was very good at the second voice, improvised if necessary, because it was really the ear and sense of harmony agreements. Wanting to encourage our emerging talent through direct example of the most extraordinary that the world of “Bel Canto” is then known talent – Maria Callas – our parents gave us a whole album of his recordings, including all kinds of arias operas that we listened religiously again and again, in the most perfect silence .. for us then try to reproduce as faithfully as possible, including words in Italian that we could not understand, but we doubt we rehearsed without the least 1orrents passion of love of all kinds and who spoke through our voices candid and innocent children!

    We grew up together on the musical food arias famous operas, the most moving, the incomparale Edith Piaf, and after the voice say most ordinary singers of the so-called “YeYe” (!) Period, the voice languorous Marie Laforet who charmed us both absolutely (I have a whole album of it, specially related to France …).

    My sister is married, has followed her husband in his military career from post to post everywhere. Their five children and sports activities, especially skiing, she loved (the five little ones rushing down the tracks has a sequel without flinching …) left him little time for anything else. But once his two elder married, my sister, still “heavy” resolut, despite his age too supposedly wall, to finally live her own life, her three kids in stern, she resolutely began the career she had always dreamed: singer. And she succeeds! … It was first accepted in the Choirs of the Opera of Paris, but did not stay there because it does not pay enough, but what it takes, she soon rather part of the Choirs the Geneva Opera, it left more up to the age of retirement, official and inevitable this time, long and fruitful years later.

    Sometimes returning briefly to my distant India, it happened to me twice to visit him in the old house BORDER retyped it was chosen at the foot of Mont Saleve, stunning views of Mont Blanc. As the three boys remained also in the new nest, also participated enthusiastically in the artistic life of their mother, part for some pocket money crowds always necessary extras on stage at every show. This could give rise to rather comical situations, especially with a sense of humor indestructible my sister, she was in great regalia One evening, for example, where I was the attending and to the representation of “Attila” I returned well on the show in her dressing room during the intermission, she told me she was a little worried, not having seen that evening his eldest son in his usual role given among the crowd of Parisians besieged by the fearsome and cruel bloodthirsty army of Attila. At the end of the show, when I saw her, she said, laughing: “Well, you know where it was, my son! I repere finally: just imagine that he was going to the enemy! He was among the troops Attila! … ”

    His love of singing was such a passion that all of the obstacles that would normally stop it, not arrived at the stop, and for years she lived his dream: to sing arias from operas such beautiful avaent that ignites our childhood . My own voice, as I chose a different life, I left fallow, but my sister, she has cultivated with his irresistible determination that I have always deeply admired. She even became Professor of Singing bonus, sharing with others the knowledge and experience she had gradually acquired his art. It was she who made me discover the wonderful movie, “The Master of Music” that expresses both the beauty of love for music, especially the song, when love is not corrupted and destroyed by human vanity and greed, despite all presented with many singers … for their own loss.

    What my sister herself envied me actually me-she says one day, it was my natural tendency for spirituality, just as irresistible to me as it was for the song. I never had the opportunity to tell him, but in my eyes it is precisely the song, with its aspiration for absolute beauty through perfection of sound, and with the interior delight that gives the perfect expression , who has in fact led secretly as close as possible to the spiritual experience, without her knowing it …

    A major incident which I think helped a lot psychologically to the degradation of his health: A solo role that should have been the crowning achievement of his career he was removed at the last minute by a new more concerned with appearances than real merit of director: he gave the role to another, coming from outside and known under the pretext that she was younger and would be appreciated by the public. The shock of this blatant injustice, and the intense disappointment that the injustice caused to my sister certainly shaken to his physical body.

    Later, well, when the time for retirement comes with financial worries and almost inevitable narrowing of the said retirement life brings, it does not much surprised me that my sister soon falls ill, of a leukemia. As always, she fought as she could, and was near to heal, but a few months ago that his son with whom I communicated finally sent me the news of his death, surrounded by the most his children and his other relatives.

    At his funerals, many of his colleagues of the Opera Choir of Geneva participated wholeheartedly with “Ave Verum,” one of his favorite songs, so beautiful all the assistance he left in tears. This vibrant testimony of them showed me how deep friendships she could create autout her in this life, in my eyes so busy that she had experienced. Between us, the true reciprocal appreciation started only in adulthood, and later because of my remoteness of France. But then finally we arrived to feel really close.

    I would never inflicts the punishment to sing again with me as we did during our childhood, because he heard once or twice singing solo I was so dazzled that I measure the gulf we are now separated as to the wonderful quality she knew to get his voice and my voice still pretty sure, but rather comparable, say, simply that of Marie Laforet, our idol of yesteryear.

    I was unable to join the funerals of my sister in thoughts – spontaneously happy because it seemed happier now, finally rid of a physical body which occasioned him more than worry and suffering, and n ‘ have nothing to regret in his life, having always seen as fully and intensely as she could.

    And two nights ago, when I was singing just as often for myself, sitting at my little desk in front of my laptop, one of my tunes preferes “Lord of the Rings,” sings towards the end of the last film in a real soprano, Renee Fleming, my sister liked it too much, I started singing this tune as I usually do, with the average quality of voice that I have normally. Suddenly something extraordinary happened: the volume of my voice is incredibly amplifies the quality of tone also
    Maria Callas with her teacher. Photograph loca …

    Maria Callas with her teacher. Photograph located at the Maria Callas Museum in Technopolis, Athens (Photo credit: Wikipedia)

    I felt a large, stable, powerful column of air forming in my throat, which instantly reminded me exactly explanations recues once my sister, I had never managed to apply successfully, and j ‘I felt, quite clearly, the presence of my sister with me, joining his voice to mine, using my own vocal cords, turning my voice thanks to his own knowledge of his art, giving me extreme joy of singing suddenly as though it … and giving us both the tender complicity to sing again together, united through the song as we was so often during our youth.

    This is my smiling little text and full tribute of gratitude to this sister, for this most unexpected gift on his part, after his departure from the physical life! …

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