Ma Boite a Foret Noire… ou L’Irresistible Attrait de la Foret Pour l’Ame

Un souvenir en appelle un autre… d’une tonalite, vous allez le voir, toute differente, mais qui a revetu aussi une profonde signification dans mon etre, allez savoir pourquoi.

C’est aussi pendant ce meme court sejour aux Trois Epis que j’ai penetre pour la premiere fois de ma vie dans une foret, une vraie foret, celle qui separe l’Alsace de la Germanie – et en meme temps les relie -, oui, carrement l’epaisse foret sombre sous ses hauts troncs que l’on appelle precisement pour cette raison la Foret Noire. “Schwarzwald”, comme on l’appelle en Germanie. Je sais, en Francais on dit “Allemagne”, mais j’ai toujours trouve “Germanie” un bien meilleur nom, donc c’est celui-la que je continue a employer pour ma part, j’espere que cela ne vous derangera pas trop… ou pas du tout!

Ayant grandi dans la partie de l’Afrique quasi desertique ou tout autour de vous n’est que savane a perte de vue, toute autre forme de paysage et de vegetation m’etait chaque fois un choc culturel, pour ainsi dire. Je suppose que la jungle, ce doit etre encore tout autre chose, un grand n’importe quoi poussant dans tous les sens avec une phenomenale force de vie grouillant dans toute cette enorme vegetation entremelee. Ca, je n’en ai jamais eu l’experience directe, et je ne suis pas certaine de jamais souhaiter l’avoir. Car avoir soudain l’experience directe d’une vaste et ancienne foret de coniferes, ce fut deja pour moi un choc memorable qui revolutionna mon etre quand il se trouva pour la premiere fois entoure par la majestueuse puissance de la Foret Noire.

Sans que je le sache mentalement,  tout le reste de mon etre s’en rendait compte autrement: je me trouvais sur la frange d’une des seules forets encore existantes, representatives de ces immenses masses forestieres qui autrefois recouvraient la plus grande partie de l’Europe Continentale aux froids hivers. Les etres humains et les cultures humaines des deux cotes de la frontiere ont eu de longs et profonds rapports avec ces anciennes forets, a la fois effrayantes et sacrees, telles que la Foret Noire.

Retrospectivemet je ne vois pas comment j’aurais pu avoir ete autorisee a y aller toute seule a mon age, donc au moins ma soeur, de deux ans mon ainee et a mes yeux deja presque “une grande”, devait forcement m’accompagner au cours de mes quelques incursions irresistibles quoiqu’hesitantes dans cette foret toute proche, mais j’etais si fascinee par le mystere profond que j’y rencontrais chaque fois, que j’en oubliais toute autre presence humaine a mes cotes, absorbee que j’etais par cette immense Presence vegetale qui m’enveloppait de toutes parts.

Marcher lentement sur les mousses s’enfoncant sous mes pas, sans autre bruit que le craquement soudain d’un fragment de branchage ecrase par megarde, ou le bruit des battements de mon propre coeur, caresser de la main les fougeres veloutees, presqu’ aussi hautes que moi, qui peuplaient la base de ce vaste palais fantasmagorique dans lequel j’osais a peine lever la tete, osant cependant le faire parfois, pour suivre du regard les longs rayons d’un soleil oublie, exile plus haut, bien plus haut, la ou les cimes vertigineuses de ces arbres geants s’ecartaient quelque peu pour en laisser passer la bienfaisante clarte, m’emerveiller en voyant les radieux scintillements de lumiere qui y jouaient silencieusement entre les ramures, voila tout ce que j’y faisais, qui aurait du vite lasser une enfant de mon age. Mais au contraire chaque instant passe dans le silence de cette foret m’etait precieux car je savais que bientot nous retournerions en Afrique, et qui sait quand je reviendrais dans ce monde si different, et qui pourtant m’apportait aussi quelque chose d’indefinissable, mais de si important que je voulais ne jamais l’oublier.

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Et je trouvai effectivement un moyen bien a moi pour ne jamais l’oublier:

J’avais obtenu de Maman une magnifique boite de chocolats – ou etait-ce de marrons glaces ? –  une de ces longues boites plates en carton fort et au couvercle decore, vide depuis longtemps, mais que je trouvais fort belle et que je comptais bien remplir un jour de tresors secrets, sans savoir encore lesquels.

Je me rendis bientot compte a quel point la foret regorgeait non seulement de tresors visuels, mais aussi de tresors olfactifs. Elle embaumait. Mille senteurs s’y melaient, venant de tout ce qui y poussait, avec une note dominante balsamique qui faisait du bien a respirer, les poumons aimaient cette odeur caracteristique puissante et apaisante tout a la fois.

Je commencai, au cours de mes visites dans la foret, a remplir les poches de ma robe ou de mon pantalon avec tout ce que je pouvais trouver de la taille voulue, et qui soit a ma portee, habituellement jonchant le sol de cette foret, sol qui en etait en meme temps comme un prolongement representatif: choisissant tout avec le soin d’un collectionneur, j’y ramassai des pommes de pin en tous genres, des feuilles de toutes formes, des pans de mousse ou des morceaux d’ecorce et meme. dans une boite separee tres petite, un peu du terreau que tout cela formait une fois completement decompose en ses materiaux premiers. A notre depart, ma belle boite etait pleine.

Dument recouverte et ficelee, elle fit le long voyage avec nous.

De retour en Afrique, je l’ai amoureusement placee a la tete de mon lit, dissimulee en dessous pour qu’elle echappe a l’oeil acere de ma soeur, mais suffisamment accessible pour que, dans l’obscurite de la nuit, avant de m’endormir, je puisse la saisir, la poser a cote de mon oreiller, soulever precautionneusement le coin de son couvercle, et, les yeux clos, humer a pleins poumons les effluves balsamiques qui en montaient vers moi, presence merveilleuse de la foret toujours chere a mon coeur, maintenant bien lointaine, mais dans le silencieux mystere de laquelle il me semblait alors retourner…

Puis je refermais tout et le remettais a sa place, et, le coeur plein d’une emotion que je ne comprenais pas mais qui me poignait de sa puissante douceur, je m’endormais enfin.

Et cette boite, j’ai reussi a la conserver intacte pendant de longues annees, cherissant a la maniere d’un avare le tresor qu’elle contenait, insignifiant ou meme ridicule aux yeux des rares autres qui connaissaient son existence. Pour moi s’y trouvait toujours cette emouvante Presence dont le parfum balsamique s’exhalait encore un peu, malgre tout le temps passe, de ce modeste ecrin ou les seuls joyaux visibles etaient des pommes de pin… mais qui pour moi rayonnaient encore invisiblement de toute la lumiere etincelante dont la foret s’etait paree autrefois pour mon regard et mon coeur emerveilles d’enfant.

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