Un Locataire Inattendu… et Involontaire

Moi qui, pendant les dernières années de ma vie en bord de mer à “Repos”, se terminant fin août 2012, avais utilisé la seconde chambre de ma maison comme chambre d’hôtes, et qui depuis ai une fois accueilli, il y a deux ans et demi, une amie de France, dans l’autre lieu aurovilien plus à l’intérieur, “Djaïma”, où j’habite maintenant, je ne pensais pas pour autant avoir de sitôt un nouveau locataire, bien que je dispose ici comme à Repos de deux espaces côte à côte, l’un que j’utilise comme mon logis personnel, et l’autre comme mon espace de travail, mais avec aussi un sofa dans la pièce de séjour à l’entrée, ainsi qu’un matelas sur la plate-forme en maçonnerie pour me reposer pendant la journée dans la grande pièce bureau au fond: c’est là que mon amie française avait pu s’installer pour sa courte visite.
Je viens d’expliquer un peu la situation relative de chaque pièce, car cela aidera mes lectrices et lecteurs à comprendre ce qui s’est produit juste ce week-end à peine passé…

ACTE I
Vendredi après-midi, travaillant comme d’habitude dans la pièce bureau du fond, j’entends soudain un grand bruit juste à l’extérieur, accompagné des aboiements rauques bien reconnaissables des deux chiens locaux qui se considèrent comme les propriétaires et gardiens de toute cette zone à Djaïma.  Je m’interromps, inquiète, et j’écoute, en alerte, bien que toujours assise.
Bruit de vaisselle brisée.
Je me précipite dehors, et y découvre en effet les deux chiens, menaçants, tous crocs dehors, le museau et l’oeil braqués vers le bas de la maison, sur… quoi au juste???
J’ai d’abord cru que c’était un chat, comme ça en avait en gros la taille et l’allure, mais ça bougeait trop vite dans tous les sens pour que je puisse identifier clairement de quel animal il s’agissait: acculée contre le mur et bloquée par le muret perpendiculaire qui fait de l’espace devant la maison une sorte de petite cour, la pauvre bête ne savait plus où se fourrer pour échapper aux deux cerbères, et s’agitait de son mieux pour essayer de leur faire peur. Prenant instantanément son parti, je frappe dans mes mains en poussant de grands cris; les attaquants, voyant mon ire vengeresse, s’enfuient au loin sans demander leur reste.
Me retournant alors pour m’occuper de la bestiole en danger, je n’ai que le temps de la voir arriver près de ma porte, que j’ai hélas laissée ouverte en sortant… et déjà elle s’y engouffre, fonçant de toute la vitesse de ses quatre courtes pattes pagayant frénétiquement des deux côtés de son large ventre qui semble traîner par terre. Son corps grisâtre, plat et épais me fait penser à une tortue sur laquelle on aurait marché un peu trop fort, mais qui n’en continuerait pas moins, chose très inhabituelle spécialement pour une tortue, à avancer extrêmement vite.
A son allure vaguement ridicule de résidu surprenant d’une ère géologique passée, je reconnais enfin ce que c’est: un varan!!!
J’ai envie de rire, là, à la porte de mon espace de travail soudain devenu refuge de varan, mais en même temps je suis un peu catastrophée: comment maintenant vais-je pouvoir le sortir de là???
Je m’avance prudemment à l’intérieur de la salle de séjour, puis de la pièce bureau, scrutant tous les recoins où la bestiole pourrait se terrer. Mais je ne vois rien. Point de varan.
Il s’est planqué, et bien planqué.
Je me souviens de ma stupéfaction un peu effrayée quand j’ai rencontré mon premier varan, il y a bien trente ans de cela, au détour d’un pilier, dans le souterrain alors inutilisé de l’Amphithéâtre au centre d’Auroville, où j’avais installé provisoirement notre Free-Store aurovilien, paradis des vêtements de seconde main jolis et gratuits pour les clientes auroviliennes comme moi, volontaires par définition sans le sou… Ce précieux Free-Store n’ayant alors temporairement plus de local,  ce souterrain, une fois bien éclairé et nettoyé, avait été un espace très convenable en attendant mieux… sauf qu’un jour, juste avant de fermer, j’y étais tombée nez à nez avec son occupant préalable, jusque-là invisible: un varan. Il avait eu aussi peur que moi et avait détalé sans bruit, retournant précipitamment dans les parties plus lointaines et obscures du souterrain, que je n’avais jamais explorées!
Désolée en fait d’avoir dérangé dans sa tranquille existence cet humble locataire du lieu, qui ne salissait rien et n’avait jamais laissé aucune odeur, j’avais refermé doucement le local, certaine que l’animal connaissait d’autres issues… et je ne l’avais plus jamais revu.
Mais là, la situation était en quelque sorte inversée: c’était mon chez moi à moi, dont cet autre varan venait de devenir le locataire involontaire!!!
Et j’avais un rendez-vous urgent ailleurs, il fallait que j’y aille! Que faire?…
Remettant à plus tard le problème du varan, j’ai fermé mon espace de travail et suis partie.
De retour trois heures plus tard, avant la nuit, j’ai ouvert et me suis glissée à l’intérieur le plus silencieusemet possible… En vain: à peine dans la pièce bureau, je vois mon varan jaillir je ne sais d’où, effrayé par ma venue, et sauter sur le grillage moustiquaire de la grande fenêtre au fond donnant sur les grands arbres tout autour: cette grande fenêtre, encore bien éclairée par le jour, lui semble une issue, mais hélas n’en est pas une en fait à cause du grillage, si bien que devant mes yeux effarés la pauvre bête grimpe de plus en plus haut à toute allure, toujours explorant en même temps toute la longueur de la fenêtre, sa forte queue musculaire fouettant de droite et de gauche… Finalement, ne trouvant toujours pas d’issue, le voilà qui monte encore plus haut, carrément sur le mur, et une fois tout en haut dans le coin, s’immobilise complètement, faisant semblant de n’être pas la!!! Je n’en crois pas mes yeux: comment cette bête tout de même si grosse et lourde fait-elle pour tenir ainsi tout à fait à la verticale sur ce mur lisse, comme si elle était un vulgaire petit lézard, je me le demande bien… mais ce brave varan-là y arrive apparemment très bien, et reste comme ça longtemps sans plus bouger du tout. Ce que voyant, après lui avoir laissé au sol dans un coin un peu d’eau à boire, je m’éclipse doucement, et ferme à clé pour la nuit, pensant tout de même à part moi:
“Bigre de bigre, je ne savais pas que ça pouvait aussi sauter ou grimper, ces bêtes-là!… Voilà comment dehors avec les chiens il s”est retrouvé sur la petite table et y a renversé la coupe aux petits coquillages, d’où le bruit de vaisselle brisée! Heureusement que j’ai mon vrai chez moi à côté, où je vais pouvoir tranquillement aller dormir… Demain il fera jour, on verra bien ce qu’on peut faire.”
Et en effet, après mon léger dîner habituel, j’ai dormi du sommeil du juste…

ACTE II

Le lendemain aux aurores (je suis par nature une couche-tôt, lève-tôt), j’ouvre à côté et laisse la porte grande ouverte pour permettre au varan de s’en aller, puis je vais prendre mon petit dejeuner de mon côté comme toujours. Je raconte brièvement la situation au voisin qui comme chaque jour rapporte chez moi le journal indien qu’il y a emprunté la veille. D’après ma description, bien que le nom français, “varan”, ne lui dise rien (il est Suédois), il m’apprend que le nom anglais de cet animal est probablement “monitor lizard”, et me dit de surtout l’appeler si jamais j’ai besoin d’aide.
Après mon petit déjeuner et ma lecture du journal du jour fraîchement apporté, je retourne de l’autre côté et entre sur la pointe des pieds.
Pas de varan en vue.
J’attends un peu. Toujours rien. Serait-il parti?…
Je m’enhardis à m’asseoir à mon petit bureau, ouvrir mon laptop et me mettre sur internet, cherchant des renseignements plus précis sur mon locataire imprévu.
Effectivement, en anglais c’est “Monitor (allez savoir pourquoi) Lizard”, ce qui le met bel et bien dans la catégorie des lézards… mais alors, de bonne taille!… Je me rappelle vaguement avoir vu autrefois des photos d’un géant de l’espèce, le Varan ou dragon de Komodo…. et j’en trouve une photo en effet, parmi les diverses photos des varans moins impressionnants que je connais… dont “mon” varan, qui comme je m’en doutais, pourrait bien être aquatique: un des deux chiens, peu de temps avant que je ne les trouve à ma porte avec le varan, avait apporté sur les graviers bien propres devant chez moi des morceaux tout détrempés de tiges de lotus venant de la petite mare établie par la famille voisine russe d’en face; c’était la première fois, cela m’avait intriguée… Ont-ils trouvé ce malheureux varan dans la mare, ou peut-être dans ses environs? Venait-il seulement y boire?
Quoiqu’il en soit, la seule photo de varan qui ressemble exactement au mien, est celle du varan aquatique, que j’ai maintenant le plaisir de vous présenter:

(la tête est en haut à gauche, en bas à droite c’est la queue…)
A deux contre un, et lui quand même nettement plus petit qu’eux, la lutte était vraiment trop inégale, je ne regrette pas de l’avoir secouru! En tous cas, son nom français vient de son nom scientifique latin “varanus”, de la famille des Varanidés…
Et je continue à lire les explications sur le mode de vie, d’alimentation, etc… Apparemment il y a même des gens qui les apprivoisent et en font un compagnon!… Très peu pour moi, il ne faut quand même pas exagérer!… Aïe-aïe, ici en Inde du Sud, les gens ont tendance plutôt à les manger, dit l’article!!! Quelle horreur! J’espère que mon varan ne va jamais tomber entre les mains de tels gens sans coeur! Mais soudain je sursaute, puis saute sur mes pieds et me retourne, car j’entends du bruit derrière moi, du côté de la fenêtre: le varan, pas parti du tout, s’est finalement réveillé, et affolé de ma présence, s’est rué à nouveau sur la grande fenêtre, essayant encore de s’échapper par là!… Le coeur battant moi aussi, j’emporte à la hâte mon laptop et autres objets fragiles et m’en vais à reculons pour laisser le pauvre animal se calmer…. et peut-être ainsi se rendre compte qu’il peut ressortir tout simplement par où il est rentré, car je ne suis plus là, ni les chiens non plus!
Ayant tout installé provisoirement pour pouvoir travailler de mon côté, j’y passe la journée, surveillant de loin que les chiens ne reviennent pas par là et ne risquent pas d’attaquer à nouveau mon protégé s’il met son nez dehors… u s’ils sentent sa présence dedans
Quand vient le soir, j’attends encore un peu avant de finalement fermer à nouveau pour la nuit, sans avoir vérifié si le varan est parti ou non – je n’ai pas envie de lui déclencher à nouveau une crise de panique si jamais il est toujours là…
Le lendemain dimanche, même stratégie: porte ré-ouverte en grand de l’autre côté dès l’aube, je reste à nouveau de mon côté toute la journée, et vais refermer seulement après la nuit tombée, pour lui laisser le temps de partir discrètement dans l’ombre, s’il ne l’a pas encore déjà fait…

ACTE III

Et aujourd’hui, lundi, je suis rentrée cette fois à grand bruit à côté, et tout en continuant à parler toute seule haut et fort, me saisissant du balai à long manche, je l’ai vigoureusement passé sous tous les meubles et dans tous les recoins susceptibles d’être devenus des planques-à-varan, d’abord dans la pièce du fond avec la grande fenêtre…- rien ne s’est produit –  et puis après aussi dans la salle de séjour… Personne!!! Merveilleux! Il semble bien être parti, cette fois!…
J’ai donc enfin tout réinstalle comme d’habitude côté espace de travail, et c;est de là que cet après-midi je viens d’écrire ce nouveau “post” pour mon blog…
Je le mettrai bien sûr dans la Catégorie “JOIES DE LA VIE SOUS LES TROPIQUES”…
Non, je plaisante, je n’ai aucune Catégorie pour mon blog, qui ait un tel titre!
Mais peut-être, vu les expériences imprévues en tous genres, et de ce genre-là entre autres, que l’on a fort souvent ici, Auroville étant située en Inde du Sud, peut-être, me dis-je, faudrait-il que je crée cette Catégorie?…!

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